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Europe-Southeast Asia relations

By Dr Yeo Lay Hwee (Director, EU Centre)

This article in French was first published in the third trimester issue of the Brussels-based La Lettre des Académies.

Introduction

La présence historique de l’Europe en Asie du Sud-Est a été plutôt longue. La majeure partie de l’Asie du Sud-Est a été colonisée par les puissances impériales européennes : Brunei, la Malaisie, Myanmar et Singapour par les Britanniques, le Cambodge, le Laos et le Vietnam par les Français, et l’Indonésie par les Hollandais. Les Espagnols sont restés trois cents ans aux Philippines avant l’arrivée des Américains. La Thaïlande est la seule contrée sud-asiatique à n’avoir jamais été colonisée mais a servi d’état tampon entre les Britanniques et les Français.

Le processus de décolonisation après la seconde guerre mondiale fut plutôt varié. Les diverses expériences coloniales et les trajectoires vers l’indépendance ont façonné différemment les contrées du sud-est asiatique. En plus du mélange des diverses cultures indigènes et des religions, elles ont donné naissance à une région qui se caractérise par des diversités énormes, et des degrés différents d’ouverture au monde extérieur comme conséquences immédiates durant l’ère postcoloniale. L’engagement européen dans la région de l’Asie du Sud- Est a été aussi plutôt inégal durant les premières années postcoloniales. L’Angleterre et les Pays-Bas ont retenu beaucoup de leur présence commerciale, et l’Allemagne (sans avoir été une puissance impériale dans la région) a lentement mais sûrement trouvé des voies de pénétration dans l’Asie du Sud-Est, reflétant de la sorte sa puissance économique. Le présent article se focalisera, cependant, sur les relations bien plus contemporaines entre deux organisations régionales, l’Union européenne (UE) et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).

Aperçu des relations ASEAN – UE

L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), fondée par l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande en 1967, a toujours été à l’avant-garde de la recherche d’un dialogue et d’une coopération avec la Communauté européenne. Le dialogue formel de partenariat avec la Communauté européenne (CE) fut établi en 1977 avec la première rencontre ministérielle, et l’Accord de coopération CE – ASEAN signé en 1980.

Les relations entre les deux entités régionales ont eu leurs hauts et bas, mais en dépit d’accrocs occasionnels d’ordre politique, le commerce et les investissements se sont développés lentement mais sûrement. Les problèmes politiques qui ont mis en péril cette relation incluent le Timor oriental, qui a été annexé par l’Indonésie, et plus récemment le Myanmar. En effet, les relations ASEAN – UE peuvent se diviser en trois phases, toutes marquées par des intérêts différents.

La première phase se déroula durant la période de la Guerre froide dans les années 1970 à 1980. Les relations étaient généralement peu intenses et principalement axées sur une relation donneurs-bénéficiaires. La signature de l’Accord de coopération CE-ASEAN ouvrit la voie à l’assistance de la CE dans divers projets de développement. Dans le domaine du dialogue politique, deux thèmes dominaient les rencontres ministérielles pendant ladite

décennie : l’invasion vietnamienne du Cambodge en 1978 et l’invasion soviétique en Afghanistan. Pendant la réunion ministérielle de 1980, une déclaration conjointe fut émise pour condamner les interventions armées au Cambodge et en Afghanistan. L’ASEAN et la CE se tinrent mutuellement informées des évènements des deux invasions susdites et, aux Nations Unies, chacune apporta son soutien aux positions de l’autre sur ces deux problèmes.

La seconde phase des relations CE-ASEAN dans l’immédiat après Guerre froide fut marquée par des tensions au sujet de ce qui était interprété par l’ASEAN comme du néo-colonialisme de la part des Européens. L’ASEAN se montrait mécontente des tentatives de la CE tendant à initier une politique de conditionnalité pour les accords de coopération liant le commerce et l’aide aux droits de l’homme ainsi que l’agenda de la démocratisation. L’exécution d’étudiants protestataires dans le Timor oriental en 1991 accrut encore cette tension lorsque le Portugal demanda la condamnation de l’Indonésie et refusa d’approuver un nouvel accord de coopération entre l’UE et l’ASEAN.

Après quelques années de relations tendues, les réalités géoéconomiques eurent cependant pour conséquence un changement d’approche de la part de l’UE. Inquiète de son retard vis-à-vis de la concurrence sur les marchés asiatiques et ce en plein milieu du miracle économique asiatique, l’UE adopta son premier document stratégique relatif à l’Asie. La Communication de juillet 1994 intitulée : Vers une nouvelle stratégie asiatique, notait que « La montée de l’Asie change radicalement l’équilibre mondial du pouvoir économique » et que « L’Union doit, de toute urgence, renforcer sa présence économique en Asie afin de maintenir son influence prépondérante dans l’économie mondiale». La Communication reconnaissait aussi que le partenariat existant depuis longtemps entre l’UE et l’ASEAN pouvait servir de pierre angulaire à la nouvelle stratégie de l’UE envers l’Asie. En effet, en dépit de la tension politique dans le dialogue officiel, le commerce et les investissements n’avaient cessé de croître en raison du dynamisme de beaucoup d’économies de l’ASEAN.

Lorsque se réunit son onzième Conseil des ministres à Karlsruhe en septembre 1994, l’UE décida de revenir à une approche plus pragmatique en se focalisant sur les questions économiques et en laissant de côté les aspects plus sensibles des droits de l’homme. Cependant, l’amélioration des relations s’enlisa suite à la crise financière asiatique de 1998. L’ASEAN était touchée non seulement d’un point de vue économique, mais aussi politique en tant qu’organisation régionale. L’inaptitude de l’ASEAN à résoudre efficacement les conséquences sociales et politiques de la crise mena à une remise en cause au sein même de l’ASEAN.

L’adhésion du Myanmar à l’ASEAN fut bien plus dommageable encore pour les relations entre l’UE et l’ASEAN. La junte militaire du Myanmar et le non-respect des droits de l’homme empêchèrent l’amélioration des relations entre l’UE et l’ASEAN. Les rencontres ministérielles furent suspendues pendant plusieurs années. Lorsqu’elles reprirent finalement en 2001, elles continuèrent à être dominées par des différends autour du Myanmar. Alors que l’UE voulait que l’ASEAN adopte une position plus ferme à l’égard de ce pays, l’ASEAN réitéra l’importance d’un engagement constructif et critiqua l’UE pour son manque de vision stratégique en permettant au problème du Myanmar de mener à un blocage général des relations avec l’ASEAN.

Cependant, deux raisons menèrent à une amélioration générale des relations entre l’UE et l’AESAN malgré le problème du Myanmar. En premier lieu, la décision de l’ASEAN de procéder à une intégration économique plus poussée (coïncidant avec les intérêts de l’UE d’exporter son modèle de coopération) et, en second lieu, l’UE mit en place une nouvelle stratégie visant à adopter une approche plus nuancée et multipiste vis-à-vis de l’Asie du Sud-Est.

Globalement, malgré toutes ces épreuves et tribulations, les relations entre l’UE et l’AESAN progressèrent. La coopération fonctionnelle crût, en particulier dans des secteurs non-traditionnels de sécurité, comme le combat contre le terrorisme international. L’UE est maintenant le partenaire commercial le plus important de l’ASEAN, et celle-ci est, en ordre d’importance, le cinquième partenaire commercial de l’UE.

L’UE demeurera principalement un partenaire économique bien plus que stratégique, et l’économique demeurera le vecteur essentiel de ce partenariat.

Bibliographie
YEO Lay Hwee. “EU-ASEAN Relations and Policy Learning” in R BALME & B BRIDGES, eds. Europe-Asia Relations: Building Multilateralism (Basingstoke: Palgrave MacMillan, 2008).

Traduction : Jean-Claude BLOMMAERT

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